20.05.2008
Serge Audier : La pensée anti-68
S’intéresser à mai 68, c’est bien si ça ne consiste pas simplement à feuilleter le roman-photo pleurnichard de baby-boomers fatigués. Et s’intéresser à ceux qui détestent mai 68, c’est encore plus édifiant, comme le prouve La pensée anti-68, le livre-somme de Serge Audier. Comment Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle, a-t-il pu se lancer dans de violentes diatribes appelant à « liquider l’héritage de mai 68 », jugé responsable de tous les maux contemporains (crise des valeurs, dérives du capitalisme financier…), sans que cela lui coûte l’élection ? Telle est l’interrogation ouvrant le livre. Pour l’auteur, ce discours anti-68 n’a pas provoqué de vague parce qu’il « pouvait parier sur la diffusion, dans l’opinion, d’une hostilité partagée » entretenue de longue date, en particulier par les différents courants intellectuels et philosophiques qui se sont imposés sur le devant de la scène des idées en France à partir des années 80 : l’individualisme « libéral-libertaire », personnifié en France par Gilles Lipovetsky, qui envisage mai 68 tout à la fois comme l’accoucheur de la société hédoniste et consumériste (bien) en même temps que l’expression d’un collectivisme échevelé (pas bien) ; le libéralisme conservateur – tout droit resucé des think-tanks républicains d’Outre Atlantique – de Pierre Manent, qui viole le cadavre de Tocqueville pour lui faire dire que mai 68, c’est la fin de l’autorité et de l’Etat-nation, quel malheur ; l’humanisme bébête (ou Kant pour les nuls) revendiqué par Alain Renaut et Luc Ferry, auteurs au milieu des années 80 d’une charge aussi remarquée qu’idiote contre les grandes figures de la pensée critique (Foucault, Althusser, Derrida, Bourdieu…) qu’il s’agissait de déboulonner, coupables qu’ils étaient d’avoir tué l’homme ; sans oublier les tenants du discours sur la république et la nation (Régis Debray, Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff…) qui voient en mai 68 l’origine de l’affaissement du civisme, de la perte du sens de la responsabilité, de la crise de l’école et de l’Etat nation et la porte ouverte à un narcissisme hédoniste sans limite. Rien que ça. Moi qui croyais que c’était la faute des 35 heures.
Sans verser dans la théorie du complot, Serge Audier démonte finement l’influence de tous ces fâcheux et pointe les incohérences et les contresens de leur interprétation de 68, contre lequel ils se sont construits. Les pervers de mon acabit prendront plaisir à voir Audier décortiquer la « pensée » d’un Glucksmann, Debray ou Luc Ferry - pour ne citer que ces tristes sires - comme un petit jouet mécanique et en soupeser chaque rouage, pour montrer tout l’artifice de leur raisonnement. Bref, voilà un livre bien utile pour décrypter la vie intellectuelle française des quatre dernières décennies.
Le sot-l'y-laisse
Serge Audier : La pensée anti-68. Essai sur les origines d’une restauration intellectuelle (La découverte, 2008)
21:50 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68
23.04.2008
Craig Davidson : Juste Etre Un Homme

On est tous un peu merdique au quotidien. Plus ou moins.
Pour Paul Harris c'est plutôt plus : il se fait tabasser à la sortie d'une boite de nuit comme une merde, sans broncher, et découvre enfin la gueule dans le caniveau ce goût de rouille et d'os qui surgit après un bon coup de poing dans la face.
Juste Etre Un Homme, titre bien viril, tient toutes ses promesses : Paul la fiotte quitte son bureau de fils à papa, laisse tomber le costard, retrousse ses manches et part aux vendanges avec les gens de couleurs, fait un détour par un Club Med Gym pour pousser d'la fonte et finit par se retrouver sur un ring miteux à boxer comme une brute.
Joli programme qui laissera rêveur toutes les nanas qui ont un peu pitié de leur mec qui n'arrive jamais à se faire entendre au resto par le serveur. Sauf que ce qui débute plutôt dans le genre comédie de moeurs vire rapidos dans le brutal : combats clandestins à poings nus où les artères explosent, passes où les putes tabassent à la demande leur client pendant qu'elle les sucent tout en leur mettant un doigt dans le cul... Et tout ceci en restant d'une rare sensibilité, oui, c'est possible !
ll y a un second personnage mais je vous laisserai le découvrir seul même si vous devinez bien que ce sera l'antithèse du premier et que les deux finiront par se rencontrer !
Je vous ai un peu tout raconté ou plutôt caricaturé mais honnêtement l'important n'est pas là.
Arturo B.
Craig Davidson : Juste Etre Un Homme (Albin Michel, 2008)14:11 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : craig davidson, boxe




