23.05.2008
Arnaud Desplechin : Un conte de Noël
Sur le papier Un conte de Noël semble être un monstrueux mille-feuille indigeste, indigeste par sa durée (2H30 quand même !), son imposant casting, ses thématiques aux goûts variés, ses audaces formelles très Nouvelle Vague... Et si l'on ajoute à cela le goût prononcé de Desplechin pour la littérature, la philosophie (Nietzsche, Pascal, que du léger !) et les mathématiques (les probabilités, chouette !) le Dujardin qui sommeille en nous n'a qu'une envie : prendre ses jambes à son cou !
Mais c'est là que le film est formidable car cet énorme gâteau passe comme une lettre à la poste. Desplechin réussit là son film le plus limpide et abordable, le tout sans jamais se renier, mariant avec une fluidité confondante comédie et drame, amour et haine, mort et vie. Il continue aussi d'approfondir son monde et peu importe que son petit théâtre mette en scène une intelligentsia excentrique quelque peu éloignée des spectateurs lambdas car, autre exploit du réalisateur et de son fidèle co-scénariste, Emmanuel Bourdieu, le film a cette faculté de toucher n'importe lequel d'entre nous, miracle rendu possible grâce à la richesse des personnages et des sujets abordés. Famille, mort, amour : autant de thèmes pesants qui sont ici traités sans lourdeur et, surtout, sans sentimentalisme dégoulinant. Un conte de Noël est au contraire constamment vachard, pour notre plus grand plaisir.
De plus, le film se paye le luxe d'être formellement d'une incroyable beauté : Ivan et son oncle discutant sous un arbre dans une blancheur surexposée, Emmanuelle Devos sublimement poseuse une clope entre les doigts, les travellings sur les murs graffés de Roubaix...
Il faudrait aussi parler de cette atmosphère parfois à la limite du fantastique, de ce montage furibard, de cette Elizabeth déprimée délicieusement tête à claques, de cette séquence où Catherine Deneuve face caméra est embarquée dans une sorte de parodie de pub pour assurance décès alors qu'elle vient d'apprendre un peu avant qu'elle était atteinte d'une maladie génétique rare...
Un pur chef d'oeuvre qui, malheureusement, dans cette France du cinéma qui a pris le ch'ti pour nationalité et Danny Boon comme Président, ne rencontrera peut être pas le succès grand public qu'il mérite ? A moins qu'il remporte dimanche prochain la palme d'or à Cannes, ce qui serait bien la moindre des choses !
20:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival de cannes, desplechin, cinéma, catherine deneuve



